CARL THEODOR DREYER - VAMPYR OU L'ÉTRANGE AVENTURE DE DAVIS GRAY (1932)

CARL THEODOR DREYER - VAMPYR OU L'ÉTRANGE AVENTURE DE DAVIS GRAY (1932)


L'histoire
David Gray rentre à son auberge où un vieil homme lui confie un paquet à n'ouvrir qu'en cas de décès. La vie déjà somnambulique de Gray bascule alors. Il arrive dans un château étrange, noyé dans la brume, où la fille du châtelain, Léone, semble possédée. Le livre contenu dans le paquet révèle qu'en fait elle est vampirisée par une certaine Marguerite Chopin avec la complicité du médecin qui la soigne.
 

CARL THEODOR DREYER - VAMPYR OU L'ÉTRANGE AVENTURE DE DAVIS GRAY (1932)

Dès le début, le spectateur est plongé dans une atmosphère onirique, étrange, cotonneuse et dérangeante où un homme erre dans un labyrinthe de bâtiments, suivant des ombres, croisant des personnages difformes, atterrissant finalement dans un château.
Dreyer, loin des studios habituels, a filmé en décor naturel l'ensemble de ses séquences dans des usines désaffectées et un château abandonné entre autre. Amusant de constater que c'est le réel qui crée cette ambiance irréelle.
Pour qui a vu Eraserhead de David Lynch, il est difficile de ne pas penser que ce dernier se soit inspiré de ces scènes mêlant rêves horrifiques et cauchemars poétiques.
Ces scènes de déambulation sont de loin les plus impressionnantes, Carl Dreyer y distille assez de terreur pour que la suite ne surprenne pas autant. Il y a dans ces images fantomatiques un mélange envoûtant de frayeur, d'étrangeté et de réalisme.
Dans Nosferatu, sorti dix ans plus tôt, Murnau avait travaillé sur un éclairage où l'opposition des blancs et des noirs était une métaphore visuelle de la lutte du bien et du mal. Dreyer, admiratif, voulu reproduire les intentions du réalisateur allemand mais à la suite d'une erreur technique, la pellicule fut voilée et tout apparut dans un univers indistinct et blanchâtre. L'équipe technique décida d'utiliser cette erreur. Ainsi, les images sont-elles sublimées par une lumière et des clairs-obscurs adroitement maitrisés et un flou artistique opportun.

Capture d'écran

Capture d'écran

Vamphyr fut le premier film parlant de Dreyer. Néanmoins, les dialogues sont épurés, ramenés le plus souvent à quelques mots épars ne recevant le plus souvent aucune répartie et il utilise encore l'ardoise notamment pour retranscrire des pages du livre que le personnage doit lire. La bande son, ainsi faite, fait de ce film une œuvre transitoire entre film sonore et film muet.

En 1932, lorsque le film inaugura en octobre la nouvelle salle parisienne, le Raspail 216, à Montparnasse, le vampire et le cinéma qui lui correspondait n'attiraient pas la sympathie des critiques (notons d'ailleurs que le cinéma de genre reste encore de nos jours trop souvent décrié). Certes, il y eu dans le passé un Nosferatu reconnu pour son ingéniosité, mais dans l'ensemble, la figure du vampire ne se renouvelait pas : il s'agissait toujours d'un personnage qui sortait la nuit de son cercueil pour aller boire le sang des autres. Et réalisateur d'origine danoise, Carl T. Dreyer, en s'inspirant de la nouvelle Carmilla de Sheridan Le Fanu parue en 1872 - mais sans oser mettre en scène les relations équivoques et saphiques qui s'illustraient dans l’œuvre originale - ne proposait pas de trame plus originale.
En France - le film était sorti quelques mois plus tôt en Allemagne - la critique française fut plutôt enjouée. Seul un article de François Vinneuil, qui ne manquait pas de quelques vérités, fut néanmoins tellement détestable que le journaliste dut à nouveau appuyer ces commentaires désobligeants quelques jours plus tard suite à plusieurs courriers.

CARL THEODOR DREYER - VAMPYR OU L'ÉTRANGE AVENTURE DE DAVIS GRAY (1932)

Mais majoritairement, le film fut encensé. Au fond, il s'agissait moins d'un film de personnages, qui sont assez classiques, que d'atmosphère et ceux qui y furent sensibles virent un beau film même si la fourchette des adjectifs allait de « grand-guignolesque » à « fantasmagorique ».

Petite annonce publicitaire de 1932

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Ce film est une exception comme il en faudrait souvent pour donner au cinéma du sang nouveau. [hahahaha]

Cinémonde (1932)

Partout ailleurs (autres pays, autres villes, autres sensibilités), le film se fit sifflé et certains spectateurs demandèrent même à être remboursés. En 1933, Carl Dreyer, devant l'échec cuisant de son film, fit une dépression nerveuse.


Carl Theodor Dreyer
Vampyr ou l'étrange aventure de Davis Gray, 72' N/B, 1932
Sur Youtube
♦ DVD MK2
 

Crédits images & textes © 2013-2019 Herveline Vinchon - Article écrit pour le forum CobaltOdyssée en septembre 2013 et remis à jour - Ne pas reproduire sans autorisation

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