GEORGES-GUSTAVE TOUDOUZE - LES SOUS-MARINS FANTÔMES (1918) Annoté par Herveline Vinchon

GEORGES-GUSTAVE TOUDOUZE - LES SOUS-MARINS FANTÔMES (1918) Annoté par Herveline Vinchon

Vous trouverez en fin d'article un complément annexé à télécharger en PDF : annotations du roman (éd. de 1927). Jetez-y un œil, même si vous n'avez pas encore lu le roman ou si vous n'en n'avez pas l'intention. Il y a des petites infos sympas, pour enrichir votre culture générale.

Herveline


Présentation
En Bretagne, dans le Finistère, Marine, une jeune fille du Conquet disparait dans les ruines de l'abbaye Saint-Mathieu. Alors que sa famille et son ami Yvon la recherchent, un yacht somptueux, le Princesse Huguette, arrive en rade de Brest. Le milliardaire Richard Neville et sa nièce Huguette sont à la recherche de l'épave du bateau, torpillé en 1917, au bord duquel se trouvait la mère d'Huguette (la sœur de Neville). Ce pourrait-il que ces deux évènements soient liés ?

 

Georges-Gustave Toudouze (1877-1972) était un homme de lettre, professeur d’Histoire et de littérature dramatique, rédacteur en chef de la Ligue maritime et coloniale française, secrétaire général de la Société de l’Histoire du Costume, chevalier de la légion d’honneur et plusieurs fois primé par l'Académie Française. Bien que né à Paris, il fait l'apologie de la Bretagne, où il réside (dans la villa familiale Dirag-ar-mor "Face à la mer" à Camaret, acheté par son père, Gustave Toudouze) et où il place nombre de ses romans. Il milite même en faveur du nationalisme breton, intégrant l'Institut Celtique de Bretagne, créé en 1941 par un linguiste allemand sous l'autorité des occupants nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. Est-ce ce passé de colonialiste et d'engagé douteux qui ont peu à peu relégué l'auteur dans l'oubli ?
En tout cas, romans d'aventures, de chasses au trésor, de légendes et d'inventions avant-gardistes, pièces de théâtre, essais sur la Marine, collection d'histoires vécues ou légendaires, tel est l'héritage littéraire qu'il laisse derrière lui.


Il existe deux versions des Sous-marins fantômes : La première parut en feuilleton à partir du 1er janvier 1918 dans la revue Mon Journal (Hachette). Il fut ensuite édité en format livre en 1921 et réédité en 1927. La seconde version parue en 1958 était une réécriture pour la Bibliothèque Verte (Hachette) où l'auteur transposait son récit après la Seconde Guerre Mondiale dans les années 50, alors que la première situait l'action vers la fin des années 20.
 

Les Sous-marins fantômes est un roman d'aventures empli de petits détails intéressants : le milieu de la pêche au début du 20e siècle, les drames inhérents à la Grande Guerre, la Bretagne. Il se lit avec plaisir et a la densité nécessaire pour captiver le lectorat adulte malgré de jeunes héros grâce à l'absence de mièvrerie. Ce sont des ados au caractère bien trempé. Certes ils correspondent aux archétypes sociaux de l'époque, mais leurs dialogues, plutôt réalistes, donnent du relief à leurs personnalités. Ni eux, ni les adultes ne sont d'ailleurs tous sympathiques. Richard Neville est un capitaliste outrancier, un manipulateur et un trafiquant décomplexé. Un vilain qu'on voudrait faire passer pour un gentil. Il faudra donc trouver à lui opposer plus méchant encore...

La console « hightech » et projecteur surpuissant ! (Cliquez pour agrandir) La console « hightech » et projecteur surpuissant ! (Cliquez pour agrandir)

La console « hightech » et projecteur surpuissant ! (Cliquez pour agrandir)

Dans son récit, l'auteur insère une touche d'anticipation en proposant des inventions, basées sans doute sur les connaissances techniques qui ne lui manquaient pas, notamment en technologie marine  :
♦ Un yacht customisé : la salle de contrôle possède un pupitre spécial qui fait office de support de cartes marines et de tableau de bord muni de boutons manœuvrant le navire, rendant translucides les murs, plafond et plancher afin de voir le fond des mers ou l'extérieur sans être vu, allume un projecteur de grande puissance à vapeurs de mercure qui éclaire comme en plein jour les fonds sous-marins, déclenche le tir d’une arme secrète faisant jaillir un immense éclair violet extrêmement dévastateur.

♦ Une voiture munie de gadgets : avec TSF - téléphone sans fil (les véhicules avec TSF apparaissent dans les années 20 mais la réception reste très mauvaise en situation de mouvement. Pour l'anecdote : les voitures de la police parisienne seront munies de téléphones sans fil en 1922), télégraphe optique à signaux lumineux, microphone,  GPS « sur une carte encastrée dans un cadran lumineux, Neville suit la route ».
♦ Le sous-marin allemand U-253 : U pour U-Boot (Unterseeboot en allemand). Ce modèle de sous-marin allemand - l'U-253 de type VII - n’apparaitra qu’en 1941 durant la 2e Guerre Mondiale. Hasard ? Ou Toudouze s’intéressait-il à l’évolution technologique de la marine allemande pour pouvoir anticiper ce modèle ? De fait, il sera totalement d'actualité pour la version de 1958.


Incroyable mais vrai !
Dans un passage intéressant où sont évoqués les sites et les villes « mythiques » engloutis, est citée une forêt engloutie près des côtes de Norfolk. En 2015, l'océanographe Dawn Watson, l'a enfin découverte.
Voir l'article sur le site SciencePost (en français)
Voir la vidéo de la chaine BBC (en anglais)

 

La forêt pétrifiée sous-marine du Norfolk ©2015 BBC Dawn Watson

La forêt pétrifiée sous-marine du Norfolk ©2015 BBC Dawn Watson


Balade en pays léon et mer Iroise

Lieux de l'intrigue : pays léon et mer Iroise

Lieux de l'intrigue : pays léon et mer Iroise

L'histoire se situe en pays léon, dans le Finistère, dans un triangle qui englobe en mer Iroise : La Pointe Saint-Mathieu, l'île d'Ouessant et l'île de Sein. Tout y est évoqué, sans fioriture mais sans omission : les lieux, les navires, les métiers de la mer. Le tout soutenu par les 84 gravures de Georges Dutriac (bien loin des illustrations sommaires d'Henri Faivre de l'édition de 1958) qui illustrent très bien les bateaux, les costumes, les coiffes de l'époque. Ces gravures sont un témoignage de la Bretagne d'antan.

La Pointe Saint-Mathieu avec son phare (à gauche), les ruines de l'abbaye (au centre) et le sémaphore derrière les ruines (côté droit)

La Pointe Saint-Mathieu avec son phare (à gauche), les ruines de l'abbaye (au centre) et le sémaphore derrière les ruines (côté droit)

Gravures de Georges Dutriac (Cliquez pour agrandir) Gravures de Georges Dutriac (Cliquez pour agrandir) Gravures de Georges Dutriac (Cliquez pour agrandir)

Gravures de Georges Dutriac (Cliquez pour agrandir)


Version de 1958 des Sous-marins fantômes, ce qui change

♦ Amputation d'un grand nombre d'interjections, d'adverbes et d'adjectifs qui ne manquent pas à l'intrigue mais donnaient une épaisseur au style initial.
♦ Le contexte historique de l'entre-deux guerre a été transposé après la Seconde Guerre Mondiale dans les années 50 avec influence hollywoodienne, autre mode vestimentaire, développement de l'énergie nucléaire, exploitation de l'uranium. Le quotidien Le Télégramme, fondé en 1944 a remplacé La Dépêche de Brest et la radio a supplanté la TSF. Certains faits relatifs à la Grande Guerre ont été maintenus mais la date a été changée. Les plus jeunes à qui s'adressaient cette version n'y ont peut-être vu que du feu, mais cela entame la véracité historique qu'il y avait initialement.
♦ Le personnage d'Yvon avait un an de moins qu'Huguette. C'était fâcheux... Ils ont maintenant quinze ans tous les deux.
♦ Le timonier Le Tiec n'est plus malouin (de Saint-Malo) mais concarnois (de Concarneau), on se demande bien pourquoi...
♦ Le Princesse Huguette mu et équipé par la fée électricité (l'utilisation de l'électricité explosa dans les années 20), a gagné en puissante (de 16 000 tonnes, il passe à 22 000) et est désormais alimenté par l'énergie nucléaire, comme ses petits submersibles. Quant à la limousine de Neville elle s'est dotée d'un système radar.
Le Conquet-Rouzic a maintenant une immatriculation : LC 1144 (LC pour Le Conquet)
♦ La I.O.S.E.C. qui déclarait un bénéfice en 1927 de 18 cents millions de francs, annonce 4 milliards de francs de bénéfice, trente plus tard.
♦ Enfin, dans le Chapitre XVIII : L'épave du Sea-Horse, Toudouze ajoute un long passage sur les manœuvres maritimes agrémenté de termes techniques annotés par lui-même. C'est le seul chapitre qui est doté d'un ajout aussi long et non de coupes ou de substitutions.

Couverture version 1958 - Le tableau de bord sophistiqué de 1921 est désormais présenté par l'illustrateur Henri Faivre comme un véritable ordinateur.Couverture version 1958 - Le tableau de bord sophistiqué de 1921 est désormais présenté par l'illustrateur Henri Faivre comme un véritable ordinateur.

Couverture version 1958 - Le tableau de bord sophistiqué de 1921 est désormais présenté par l'illustrateur Henri Faivre comme un véritable ordinateur.


Quelle édition choisir ?
La première version (1921 ou 1927) pour son contexte historique et ses illustrations. Mais
n'y mettez pas 50€ ! L'ouvrage est très beau, le papier très épais, c'est du solide, mais 20€, frais de port compris, c'est bien. Essayez de le dénicher chez un bouquiniste ou dans un vide-grenier où le prix se négociera.
 


Annotations à télécharger
En mettant à votre disposition ce travail d'annotations, vous pourrez apprécier pleinement l’œuvre. La pagination renvoie à l'édition de 1927.
 

Annotations de l'édition de 1927 du roman de Georges-Gustave Toudouze, Les sous-marins fantômes, par Herveline Vinchon ©2018


Georges-Gustave Toudouze
Illustré par Georges Dutriac
Les Sous-marins Fantômes
♦ en feuilleton dans Mon Journal (Hachette), à partir du 1er janvier 1918
♦ Hachette Romans d'aventure, 1921

♦ Bibliothèque des Écoles et des Familles, 1927
♦ (Deuxième version) Hachette Bibliothèque Verte, 1958 et suivantes. Illustré par
Henri Faivre
 

Crédits photos (scans), images & textes ©2018-2019 Herveline Vinchon - Article publié sur l'ancien blog de la librairie Soleil Vert en mars 2018, mis à jour en novembre 2019 - Ne pas reproduire sans autorisation

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