JULES VERNE - L'ONCLE ROBINSON (1865-1991)

JULES VERNE - L'ONCLE ROBINSON (1865-1991)


Quatrième de couverture
Échoués sur une île déserte du Pacifique après la mutinerie de l’équipage du voilier qui les emmenait vers les États-Unis, un couple et ses quatre enfants doivent apprendre à survivre, aidés par l’oncle Robinson, un matelot resté fidèle.
 

On trouve la première évocation de l'idée de cette robinsonnade dans une correspondance datant de 1861. Encore en 1865, le projet délaissé mais pas abandonné refait surface. Jules Verne imaginait de reprendre à sa manière le mythe de Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1719), tout en rendant hommage au Robinson suisse de J. D. Wyss (1812), souvenir de lecture de jeunesse.
Le succès de Cinq semaines en ballon orienta le romancier vers d’autres projets, mais surtout son éditeur Pierre-Jules Hetzel refusa le manuscrit le jugeant trop lent, manquant d'action et de caractère et trop porté sur des personnages d'enfants. Ce qui pourrait aujourd'hui paraître étonnant car s'il y a bien quatre jeunes personnages, ils ne sont pas plus mis en avant que les adultes et on retrouvera dans de nombreux romans verniens, ces profils juvéniles. Quoiqu'il en soit, le projet rejeté, le roman resta inachevé mais Jules Verne, ne désirant pas perdre un travail déjà bien abouti, réutilisa ses notes pour amorcer quelques années plus tard L'Île Mystérieuse (parue en 1875).
Le manuscrit fut retrouvé dans les archives de l'auteur, acquises en 1981 par la Ville de Nantes et c'est seulement en 1991 que les éditions du Cherche-Midi décidèrent de l'éditer.

JULES VERNE - L'ONCLE ROBINSON (1865-1991)JULES VERNE - L'ONCLE ROBINSON (1865-1991)

Que dire aujourd'hui de ce texte ? Non seulement il est bon mais en plus il restera à jamais un récit atypique dans la production de l'auteur ! Qu'il soit sorti de l'oubli est donc un bien car les motivations d'Hetzel pour en refuser sa publication ont failli faire disparaître un roman tout à fait passionnant.
L'action y est assez réduite malgré quelques ressorts narratifs qui nous laissent en suspens mais le récit repose surtout sur l'exploration, l'application à survivre dans les meilleures conditions et sur les découvertes botaniques et zoologiques. Ces énumérations peuvent lasser le lecteur peu curieux pourtant l'intérêt à lire Verne ne réside pas seulement dans l'aventure mais aussi dans ce qu'il nous apprend.
Il est fidèle à l'esprit de la « robinsonnade » (genre littéraire en référence au Robinson de Defoe, qui met en scène un ou plusieurs naufragés en situation de survie sur une île déserte). Jules Verne s'autorise d'ailleurs une petite boutade à l'encontre du roman du pasteur Johann David Wyss à qui il reproche d'avoir mis à disposition de sa famille de naufragés suisses une île bien trop accueillante. C'est d'autant plus drôle qu'à la lecture de l'Oncle Robinson on peut s'étonner aussi, à défaut d'être bien outillée, que la famille Clifton ait eu la chance d'atterrir dans un écosystème aussi varié.

Voyez-vous, j'ai toujours pensé qu'il y avait des îles à naufragés, créées spécialement pour eux, et très certainement celle-ci en est une.

Jules Verne - L'Oncle Robinson

Le manuscrit tel qu'il est aujourd'hui édité reste donc inachevé. Le dernier chapitre se termine sur un cliffhanger qui, sans suite, reste bien sûr frustrant. Mais c'est un délice de parcourir cette île aux variétés démultipliées d'oiseaux et d'arbres, de suivre l'évolution mentale de cette famille vouée au désœuvrement si l’optimisme d'un certain Flip, marin français picard, mais très américanisé, n'avait pas pris les choses en main.

Mais où peut bien se trouver ce morceau de terre providentiel au cœur du Pacifique ?
Il n'y a aucun doute que les indices donnés par cette abondance zoologique et botanique placent cette île bien plus au sud que les îles Aléoutiennes du Détroit de Béring comme on pouvait le supposer au début du récit. D'ailleurs les héros eux-mêmes, incapables techniquement de mesurer l'emplacement de l'île, remettent régulièrement en question sa situation au fur et à mesure que l'endroit se dévoile. En fait, elle se situerait [à mon avis] dans la zone dite « intertropicale » entre les continents asiatique et sud-américain. S'il y avait eu une fin, sans doute que Jules Verne nous en aurait dit plus.

Quant aux références qui ont servi à l'écrivain pour élaborer et sa faune et sa flore, il est fort probable qu'il se réfère majoritairement au naturaliste et explorateur allemand Alexander von Humboldt (1769-1859) qu'il cite ici, mais aussi à plusieurs reprises dans d'autres écrits. On sait que ce dernier entretenait une correspondance avec François Arago, un ami proche de Jules Verne.

Ainsi donc, bien qu'inachevé, ce roman moins connu que d'autres ne démérite pas et fait une belle initiation aux « robinsonnades ».


Jules Verne
L'Oncle Robinson, 1865
♦ Livre de poche (ISBN 9782253160854)

 

Crédits photos, images & textes ©2018-2019 Herveline Vinchon - Article publié sur l'ancien blog de la librairie Soleil Vert en mars 2018 - Ne pas reproduire sans autorisation

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