PAUL COGAN - LES PIONNIERS DE L'ESPACE (1959)

PAUL COGAN - LES PIONNIERS DE L'ESPACE (1959)

L'histoire
Au cours du IXe Congrès d'Astronautique se déroulant à Amsterdam en août 1958*, deux scientifiques, un journaliste et un homme prétendant devenir le premier homme sur la Lune échangent sur les grandes étapes et personnalités qui contribuèrent à la conquête spatiale.
*L'auteur place par erreur son récit en 1957. Il est possible qu'il ait commencé son texte en 1957, mis à jour le lieu du Congrès, mais omis de rectifier la date.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un roman mais plutôt d'un docu-fiction écrit par Claude Appell sous le pseudo de Paul Cogan. Il complète parfaitement la lecture de Dans l'espace, qui lui, a une vraie trame romanesque, bien que le contexte historique soit respecté. Dans les deux cas, on retrouve la volonté de l'auteur d'une approche pédagogique et vulgarisatrice de l'histoire de la conquête spatiale.

Si les quatre interlocuteurs sont fictifs, il y a fort à parier que de tels échanges ont pu avoir lieu entre les invités du Congrès. Ce dialogue se poursuit entre chacun des chapitres qui introduisent les grandes figures de l'astronautique et les évènements qui y sont associés. Ils sont relatés par l'auteur avec un sens aiguisé du suspense et de l'action rendant palpitant ces aventures humaines extraordinaires.

À gauche : Kipfer et Piccard équipés de leurs "casques" en osier - À droite : Piccard dans sa nacelleÀ gauche : Kipfer et Piccard équipés de leurs "casques" en osier - À droite : Piccard dans sa nacelle

À gauche : Kipfer et Piccard équipés de leurs "casques" en osier - À droite : Piccard dans sa nacelle

Cela commence avec Auguste Piccard (1884-1962) - le même qui inspira à Hergé son personnage du Professeur Tournesol - qui, le 27 mai 1931 (et non le 21 : erreur ou coquille?), avec l'ingénieur Kipfer effectuèrent le premier vol stratosphérique. Vol qui ne manqua pas de complications et que l'on suit avec grand intérêt. Ils montèrent ce jour-là à 15800 mètres dans une nacelle sphérique en aluminium totalement hermétique et se protégèrent le crâne des secousses en utilisant des casques en osier rembourrés.
À écouter : Piccard raconte ce vol à la RTS le 14 juillet 1954

À droite : l'usine où eut lieu l'explosion, rue de l'Abondance à Boulogne ©Paris-Soir du 12 octobre 1931À droite : l'usine où eut lieu l'explosion, rue de l'Abondance à Boulogne ©Paris-Soir du 12 octobre 1931

À droite : l'usine où eut lieu l'explosion, rue de l'Abondance à Boulogne ©Paris-Soir du 12 octobre 1931

Robert Esnault-Pelterie (1881-1957), l'homme au 145 brevets, ingénieur aéronautique, inventeur du monoplan, des ailerons et du manche à balais, et du moteur en étoile, publia en 1930 l'Astronautique où il exposait les problèmes posés par les voyages spatiaux et assurait que les voyages à la Lune seront possibles. Les expériences qui en découlèrent ne furent pas sans danger et le 9 octobre 1931, il perdit quatre doigts en expérimentant des combustibles en vue de l'utilisation de fusées interplanétaires. Une explosion qui aurait pu lui être fatale.

Puis sur John Paul Stapp (1910-1999), "l'homme le plus rapide sur terre". Ce dernier fit dans les années 40 et 50 de nombreuses expériences sur l'accélération et la décélération infligeant à son corps une quantité de g de plus en plus élevés. Pour ce faire, il utilisait des chariots (le Gee Whizz puis le Sonic Wind), propulsés à l'aide de fusées sur des rails de plusieurs mètres. Le 10 décembre 1954, il est propulsé à 1 018km/h avant d'être stoppé en moins de 2 secondes ! Il vécut jusqu'à 89 ans mais souffrit de nombreuses séquelles.


Note de Chroniques Terriennes
Edward A. Murphy (1918-1990), ingénieur en aérospatiale, collabora avec John Stapp. Et c'est au cours de ces multiples expériences que la « loi Murphy » naquit. Plusieurs versions existent mais toutes sont rattachées à John Stapp. L'une d'entre elles serait que suite à l'échec d'une expérience due à une négligence humaine, Murphy annonça : « If that guy, has any way of making a mistake… He will (Si ce type a la possibilité de faire une erreur, il la fera) » . Ce qui incita ensuite les ingénieurs à toujours envisager le pire pour éviter la catastrophe. Ce que Stapp confirma pour expliquer le peu d'accidents rencontrés.
 

Impossible d'évoquer "l'homme le plus rapide sur terre" sans aussi évoquer "l'homme le plus haut du monde" en la personne de David G. Simons qui travaillait pour le précité John Stapp et qui fut aussi son propre cobaye, cette fois pour tester les effets d'un séjour prolongé dans la stratosphère que 27 ans plus tôt Piccard atteignait dans son ballon hermétique. En août 1957, Simons s'embarqua dans le Manhight II un ballon dont la nacelle était une capsule si étroite qu'il pouvait à peine bouger. Il y resta 44 h dont 32h de vol très mouvementé et établit un record légendaire dans lequel il atteint 30942 mètres d'altitude. Il fut l'un des premiers hommes à observer la courbure de la terre.

Des chapitres sont également consacrés à Wernher von Braun (voir notre chronique du roman de Pierre Boulle : Le jardin de Kanashima), à la chienne Laïka (voir notre chronique de la BD de Nick Abadzis : Laïka) ainsi qu'aux expériences faites en centrifugeuse.

Ces aventures historiques sont toutes vérifiables. Et le talent de Paul Cogan nous les fait vivre de l'intérieur, nous faisant ressentir jusqu'aux réactions physiques ou psychologiques. S'il s'autorise quelques sorties de route (si le contraire était prouvé, nous modifierons nos propos), elles sont si crédibles dans leur contexte qu'elles peuvent paraître véridiques. Ainsi, une pointe d'humour ressort d'un éventuel brevet qu'Esnault-Pelterie aurait pu vouloir déposer sur un « tue-mouche explosif ». Ou encore, il imagine un ballet de véhicules se lançant pour récupérer « à la main » les fusées lancées au Raketenflugplatz de Berlin pour qu'elles ne se brisent pas à l'atterrissage.
Bien sûr, certaines données chiffrées ont été revues et validées ultérieurement d'où quelques erreurs apparentes mais sans grande conséquence. Seul le passage sur le destin de Laïka dans le « Spoutnik II » est faux. Les infos de l'époque étant relayées par la propagande russe de l'époque, la fin tragique de Laïka fut bien plus terrible et pour peu de données récoltées.


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