MARC DUGAIN - AVENUE DES GÉANTS (2012)

MARC DUGAIN - AVENUE DES GÉANTS (2012)


Quatrième de couverture
Al Kenner serait un adolescent ordinaire s’il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n’était pas supérieur à celui d’Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d’une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l’habite.
Inspiré d’un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s’illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.
 

Marc Dugain, à qui l’on doit également le célèbre roman La chambre des officiers (primé et adapté au cinéma) et la trilogie l'Emprise s’attaque ici à plusieurs sujets qu’il entremêle dans une sorte de « dérive-movie » subtile et magnifique. Il prend comme base la véritable histoire d’Edmund Kemper, un tueur en série toujours en détention dans la prison de Vacaville en Californie, ayant échappé à la peine de mort, condamné pendant son moratoire entre 1971 et 1974, à la détention à perpétuité.
L’auteur crée un personnage fictif en tous points semblable (ou presque) à Kemper. Il le nomme Al Kenner et comme Kemper, c'est un géant. Le premier faisant presque 2,20 mètres, le second 2,06 mètres.
On fait sa connaissance au début de son parcours criminel, mais même s’il est question ici d’un « serial killer », l’auteur réussit l’exploit de nous épargner les descriptions morbides ou sanguinaires tout au long du récit. Par contre, il nous entraine dans un véritable suspense.

Edmund Kemper, photo d'identité judiciaire du 28 avril 1973 ©Wikipedia

Edmund Kemper, photo d'identité judiciaire du 28 avril 1973 ©Wikipedia

En toile de fond du personnage principal, c’est aussi le portrait de l’Amérique de cette période que Marc Dugain dépeint, à la fois dans ses excès, dans son incroyable créativité et dans ses terribles paradoxes. C’est l’époque où en Californie et ailleurs, s’affrontent deux mondes. La vieille Amérique réac, sûre de son bon droit et de sa bonne conscience, celle qui va au Vietnam défendre ses « valeurs » et son mode de vie (le marché un tout petit peu aussi), celle qui a le droit de tuer pour imposer ses principes. Face à elle, la « contre-culture », les hippies, au mode de vie différent dans lequel la consommation n’a plus cours, qui prônent au nez et à la barbe d’une population chrétienne médusée le « peace and love » et le « free-sex ». Le pire étant que les soldats partis défendre la liberté reviennent déboussolés, perdus, et sombrent dans l’oubli et l’abandon, en marge de cette société qui les avait glorifiés en les envoyant là-bas.
Toute cette période est superbement décrite, dans un texte à l’écriture fluide, percutante, un style vif, un ton à la fois plein de profondeur et d’humour.
Al Kenner est une sorte d’étranger de Camus, version tueur en série, totalement dépourvu d’empathie. Il vomit littéralement ces hippies, mais il est très curieux de comprendre comment ces enfants de la bourgeoisie, en particulier les filles, en sont arrivés à cette dérive de la pensée et à cette forme de décadence.
Il voue, au fond, une détestation sans borne à une grande partie de la gent féminine. Ces femmes, et en particulier sa mère, à qui il va quémander quand même de l’attention, tout au long du récit.
L’auteur pose aussi la question de la psychologie des tueurs en série. Quelle part d’inné dans leurs effroyables personnalités ? Qu'est-ce qui tient des parents, des maltraitances subies ?

Cameron Britton (à gauche) dans le rôle d'Edmund Kemper, face à Jonathan Groff dans le rôle du enquêteur du FBI ©Netflix ; Stéphane Bourgoin (à droite) rencontre le serial killer Donald Harvey en septembre 2005 ©Stéphane BourgoinCameron Britton (à gauche) dans le rôle d'Edmund Kemper, face à Jonathan Groff dans le rôle du enquêteur du FBI ©Netflix ; Stéphane Bourgoin (à droite) rencontre le serial killer Donald Harvey en septembre 2005 ©Stéphane Bourgoin

Cameron Britton (à gauche) dans le rôle d'Edmund Kemper, face à Jonathan Groff dans le rôle du enquêteur du FBI ©Netflix ; Stéphane Bourgoin (à droite) rencontre le serial killer Donald Harvey en septembre 2005 ©Stéphane Bourgoin


Pour en savoir plus sur Edmund Kemper et les tueurs en série
► Les livres de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série
Paroles d’assassins de Stéphane Bourgoin documentaire dans lequel il interviewe plusieurs tueurs dans leurs prisons, 77'
La grande table : Dans la tête du tueur en série sur France Culture, à écouter en podcast avec Tobie Nathan, Hervé Le Tellier et Stéphane Bourgoin, 28'
► La série TV Mindhunter (Netflix) qui retrace le parcours des agents du FBI qui dans les années 70 ont créé une cellule spéciale afin de dresser une classification des différents profils de tueurs. Dans la série, plusieurs psychopathes célèbres apparaissent : Edmund Kemper, Charles Manson, William Pierce, William Hance, David Berkowitz, Paul Bateson, Jerry Brudos, Elmer Wayne Henley, Richard Speck, Wayne Williams et en filigrane : Dennis Rader dit "BTK"
 


Marc Dugain
Avenue des Géants
♦ Folio (EAN 9782070453535)

 


Crédits textes ©2014-2020 Dominique Guégan - Cet article a été écrit en novembre 2014 pour le blog de la Librairie Soleil Vert et mis à jour en février 2020 - Ne pas reproduire sans autorisation

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