👽 ERIK FRANK RUSSELL - CHER DÉMON / DEAR DEVIL (1950)

👽 ERIK FRANK RUSSELL - CHER DÉMON / DEAR DEVIL (1950)


L'histoire Attention, ici on décortique, donc on divulgâche !
Des martiens en exploration arrivent sur une Terre dévastée par un conflit nucléaire. Un seul membre de l'équipage, le poète Fander, décide de rester sur ce monde, persuadé qu'il peut y trouver encore de la beauté... et peut-être quelques survivants qu'il aidera à retrouver leur force et leur intelligence. Abandonné sur Terre avec quelques provisions et un traîneau de charges, c'est seulement au bout de 70 jours d'exploration que Fander rencontre enfin les premiers humains. Il enlève un jeune garçon avec qui, jour après jour il tente de communiquer, par gestes à défaut de pouvoir émettre des sons. Puis vient le jour où l'apparence du martien bleu et plein de tentacules devient familière aux yeux de l'enfant. De plus, Fander joue de sa harpe électrique et enfin, le contact se fait. Le garçon se prénomme Agile et ce dernier nomme le martien Démon (tel fut le premier mot qu'il cria sans que Fander n'en comprenne à ce moment la signification). Peu importe, désormais, cela leur convient à tous deux.
Le poète apprend qu'il règne une terrifiante maladie, la néo-peste bubonique de culture qui disperse les hommes, chacun ayant peur d'être contaminé. Mais grâce à Agile, il réunit d'autres humains autour de lui, dépassant leurs craintes et leurs différences. Chacun grandit, vieillit et un jour, Rouquin, l'aîné des garçons, démontre sa capacité à faire fonctionner, entretenir et reproduire la technologie martienne apportée par Fander. Ce dernier, n'étant qu'un artiste et peu enclin à savoir régler les problèmes techniques est heureux de voir des vocations éclater : mécaniciens, mathématiciens etc... Les premières maisons se dressent, de nouveaux arrivants affluent et Fander joue les interprètes grâce à ses dons télépathiques et sensitifs. La planète est de nouveau en route. La sagesse du poète permet d'éviter une recrudescence de peur liée à la maladie réapparue soudainement. Il ne s'agit en fait que de la rougeole. Au bout d'un certain temps, Fander annonce à tous qu'il doit hiberner. Cela fait partie de son cycle de vie, un cycle à la durée non précise. Il se fait emmurer selon son souhait dans la grotte où il vécut en arrivant sur Terre. Deux ans plus tard, un vaisseau martien descend à nouveau sur Terre. L'équipage est étonné d'identifier des technologies martiennes en état de marche et surtout de voir des bipèdes accourir en masse sans être effrayés par leur apparition. En découvrant des signes d'écriture martienne gravés aux côtés de dessins terriens, le capitaine ne doute plus qu'il s'agisse du poète Fander, qu'une mission précédente avait laissé, il y a des lustres, sur cette planète désolée, une Terre que la vie n'avait finalement pas abandonnée.
 

Il est de ces œuvres humanistes qu'il est bon de redécouvrir comme cette excellente nouvelle (presque une novella) d'Erik Frank Russell parue en mai 1950 dans la revue Other Worlds Science Stories. Ici les martiens ne sont pas des envahisseurs. Ils explorent le système solaire à la recherche d'êtres suffisamment évolués pour les aider à aller plus avant dans le cosmos afin de trouver un monde où s'installer pour palier les problèmes de ressources qu'ils rencontrent sur Mars. Malheureusement, ils arrivent sur une terre dévastée. Et bien vite le poète Fander comprend que ce sont les êtres qui y vivaient qui avaient fait ça. Pourtant :

Il en émane une beauté d'une nature étrange, inconnue de nous. Où se trouve la beauté, il y a eu autrefois le talent... et autant que nous sachions, il subsiste peut-être du talent. Et où le talent demeure, on risque de trouver la semence de la grandeur. Aux royaumes de la grandeur, il y a ou il y aura des amis puissants. Et nous avons besoin de tels amis.
(Where there is beauty there once was talent - may still be talent for all we know. Where talent abides is also greatness. In the realms of greatness we may find powerful friends.)

Cette œuvre ouvre des perspectives de communication, de solidarité, d'acceptation de la différence au point que cette dernière finisse par ne plus exister. Sans doute est-ce une des forces de ce texte puisque cette conscience de la différence entre hommes et martiens est vite effacée par le temps qui passe, l'habitude, la coopération.

Illustration de Malcolm Smith pour Other Wolds Science Stories de Mai 1950

Illustration de Malcolm Smith pour Other Wolds Science Stories de Mai 1950

De plus, Fander ne se mêle jamais de l'évolution des humains. Il est un observateur, dont les seules interventions sont toutes de sagesse et d'encouragements. Il met à leur disposition ses technologies dont il ne connaît pas lui-même les fondements et les laissent s'instruire, s'approprier les connaissances nécessaires. D'une certaine façon, ayant reconnu le potentiel, la force et l'intelligence de l'homme, il laisse la nature faire son travail. Tout comme la belle métaphore de la fleur :

Toute fleur s'épanouit dans la poussière des fleurs anciennes.

C'est cette confiance, tout comme celle qu'il met en ses semblables qui le laissent sur Terre en promettant de revenir un jour, qui œuvre pour une dynamique solide, basée sur l'écoute, l'échange et la survie. La survie d'une espèce contribue à la survie d'une autre espèce. On est toujours dans un cercle universel naturel mais où l'intelligence a sa carte à jouer pour le meilleur.

En visitant ce monde et le globe brumeux [Vénus ?], nous aurons atteint presque le bout de nos capacités. Mais avec du secours nous pourrions aller plus loin, arriver aux planètes extérieures. Je pense que, si nous devions vous venir en aide aujourd'hui, vous seriez en position de nous aider demain.

Descriptions martiennes

(*Les textes en italique sont extraits de l’œuvre)


♦ Amafa : une période dans la vie du martien qui l'oblige à hiberner avant de revenir à la vie. Il arrive cependant que certains ne se réveillent jamais.
♦ Art : chant, poésie, musicien : Fander joue de la harpe électrique.
♦ Communication : Par télépathie ou grâce à un tentacule à signaux. Il suffit que ce tentacule soit en contact avec un être intelligent pour en décrypter les pensées.
♦ Faune : Aralan dont on sait seulement qu'il possède une queue, des grenouilles des sables et des scarabées nocturnes.
♦ Interjection : Que les lunes jumelles nous protègent ! (Phobos et Deimos, sans aucun doute.)
♦ Mars : Prairie aux reflets blanc, or et écarlate. De moins en moins d'eau.
♦ Martiens : Bleus, au sang froid. Doté de tentacules en guise de membres. Yeux à multiples facettes comme des abeilles. Se déplacent en glissant ou rampant. Végétarien. Télépathe. Non pas de cordes vocales.
♦ Technologie : Vaisseau spatial en forme de sphère propulsée grâce à des miroirs solaires, traîneau à charges, pistolet à rayon laser, ventilateur électrique, écran de force, pré-masticateur.
 

Le difficile est possible ; pour l'impossible, il faut simplement plus de temps
(The difficult can be done at once; the impossible takes a little longer.)


Erik Frank Russell
Cher Démon (Dear devil, 1950)
♦ Revue Fiction n°192 (1969)
Dans la Grande anthologie de la Science Fiction : Histoire d'extraterrestres
♦ Livre de poche
Dans D'étranges visiteurs - Histoires de Science-Fiction
♦ École des loisirs - Coll. Classique ou Médium

 

(Côte martienne ♥♥♥) (Côte plaisir ♥♥♥)


Crédits images & textes ©2008-2020 Herveline Vinchon - Article publié sur l'ancien blog Culture Martienne en septembre 2008 et mis à jour en octobre 2020 - Ne pas reproduire sans autorisation

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Christine pelouzet 13/10/2020 20:15

Longue vie au Martien humaniste et à l'école des loisirs !