GARY A. BRAUNBECK - MAIS C'EST À TOI QUE JE PENSE / PRODIGAL BLUES (2006)

GARY A. BRAUNBECK - MAIS C'EST À TOI QUE JE PENSE / PRODIGAL BLUES (2006)


Quatrième de couverture
Pour Thomas, Arnold, Rebecca et Christopher, c'est la fin du supplice. Ils viennent d'échapper à leur tortionnaire, un tueur en série pédophile qui les séquestrait depuis des années. Mais une nouvelle épreuve les attend : et si on les avait oubliés ? et si on ne les aimait plus ? Horriblement défigurés et mutilés, ils ont besoin d'un adulte pour les ramener à leurs parents, que certains n'ont pas vus depuis dix ans... et ils ont choisi Mark.
Né en 1960 à Newark (Ohio), Gary A. Braunbeck est l'auteur prolifique d'une dizaine de romans et de plus de deux cents nouvelles qui lui ont valu de remporter plusieurs fois le prestigieux Bram-Stoker Award. Ce roman est reconnu comme son chef-d'œuvre.
 


La presse unanime

« Ce roman sans la moindre faiblesse vous frappe en plein cœur. »
« Braunbeck touche juste sur l'amour, l'amitié, l'honneur et des horreurs inimaginables, et vous ramène à la maison avec de l'espoir. »
« Ça continue à vous terrifier quand vous avez fini de le lire. »
« Magnifique, émouvant et implacable, un roman sur l'enfance face aux horreurs de la vie réelle qui vous laisse avec une grosse envie de serrer très fort ceux qui vous sont chers. »
« Un thriller poignant. »

 

Alors chef-d’œuvre ou pas ?

Comment définit-on un bon ou un mauvais roman ? Est-il bon par son style, par son atmosphère, par son sujet ? Et devient-il mauvais dès lors qu'un style, une atmosphère, un sujet nous dérange ? Peut-on admettre qu'un livre qui nous mettrait mal à l'aise puisse néanmoins être un chef-d’œuvre ?
L'histoire ? Les éditions Bragelonne nous facilitent drôlement la vie : tout est résumé en six lignes... Six lignes... Six petites lignes qui dissimulent trois cent cinquante pages d'horreur... et d'espoir. Tiens ! Avant, une petite digression sur l'art et la manière de générer une quatrième de couverture accrocheuse : "supplice", "tortionnaire", "tueur en série", "pédophile", "séquestration", "défiguration", "mutilation"... Six lignes et sept mots-clés repoussants surtout tous accolés les uns aux autres. Alors je vous entends : « Mais qu'est-ce qu'elle est allée lire un truc pareil ! » Le métier de libraire (ce que j'étais) doit-il excuser toute curiosité malsaine ? Et bien si je vous dis que je ne lis jamais les quatrièmes de couverture qu'après avoir parcouru au moins une vingtaine de pages ? Mais que même après vingt pages, hypnotisée, que dis-je, pétrifiée par l'horreur, j'ai mis du temps à tourner le livre pour voir où j'avais mis les pieds ? Je commençais déjà dans ma tête une chronique fictive : immonde, sans intérêt, surenchère (je voyais déjà le jeu de mot : suren-chair se dessiner sur une page blanche - euh rouge... bref...) de violence - gratuite ? - horreur absolue, à vomir son petit déjeuner (si vous ne pouvez sauter le petit-déjeuner, évitez au moins les œufs brouillés)... Sauf que...
Et oui, vous saviez, n'est-ce pas, qu'il y aurait un sauf que... alors comment je vais me dépêtrer de ça ? Revenons à cette fameuse quatrième de couverture. Depuis longtemps, les éditeurs aiment à ajouter quelques brèves accroches critiques et c'est d'autant plus facile quand un roman est traduit et qu'il est sorti quelques mois voire quelques années plus tôt. Il y a donc de la matière journalistique pour argumenter leurs choix éditoriaux. Nous avons donc cinq extraits d'une presse "unanime" (on ne saura jamais laquelle, mais bon) qui nous délaye d'autres mots clés : "cœur", "amour", "amitié", "honneur", "espoir", "magnifique", émouvant". Vous voyez où je veux en venir ? Comprenez-vous le malaise qu'il y a à reconnaitre qu'un tel livre puisse être touchant et inoubliable ? Par ce qu'il l'est, dans la lignée d'une autre œuvre violente tournant autour de l'enfance : Une fille comme les autres de Jack Ketchum (également chez Bragelonne). Mais à la différence que Mais c'est à toi que je pense, nous laisse une réelle lueur d'espoir. Un espoir d'amour, et surtout de reconstruction.
Une facilité à laquelle Braunbeck ne s'est pas laissé prendre et qui ajoute aussi à la grande justesse des caractéristiques psychologiques, c'est l'absence de vengeance. L'envie existe et le besoin serait légitime, pourtant il fait l'impasse sur un acte qui pourrait paradoxalement paraître « gratuit » alors qu'on s'est imprégné de l'horreur durant trois cents pages. C'est en ça que le livre devient fort : il repose sur des fondements de la psychologie incroyablement maîtrisés déclinant et exacerbant des sentiments divers et contradictoires : hystérie, peur, compassion, haine, jalousie, manipulation, confiance, honte...
Alors chef-d’œuvre ou non ? À vous de juger. Mais certainement pas un livre qui laisse indifférent. Il faut avoir des tripes pour aller jusqu'au bout. Il faut avoir le cœur accroché. Comme on dit souvent pour des ouvrages de cet acabit (et des fois pour des œuvres bien moins violentes) : « âmes sensibles s'abstenir ». Pourtant ce serait dommage. Les âmes sensibles y verraient justement peut-être tout cet espoir dont ce roman est générateur. Mais je vous l'accorde, prévoyez un Boule et Bill à lire à sa suite, pas comme moi... qui est enchaîné sur un autre thriller, mais c'est une autre histoire.


Gary A. Braunbeck
Mais c'est à toi que je pense (Prodigal blues)
♦ Bragelonne

 

 

Crédits images, textes ©2015-2020 Herveline Vinchon - Article publié sur l'ancien blog de la librairie Soleil Vert en avril 2015 et mis à jour en octobre 2020 - Ne pas reproduire sans autorisation

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