📚 PHILIP K. DICK - L'OEIL DANS LE CIEL (EYE IN THE SKY, 1957)

📚 PHILIP K. DICK - L'OEIL DANS LE CIEL (EYE IN THE SKY, 1957)


Quatrième de couverture
La visite de l'accélérateur de particules atomiques aurait pu se terminer beaucoup plus mal pour ceux qui s'y trouvaient lorsqu'est survenu l'accident. Jake, Marsha et les six autres victimes semblent s'en être tirés avec seulement quelques contusions. Pourtant, après cela, les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. La réalité se détraque imperceptiblement, au point de se plier aux terreurs et aux fantasmes les plus secrets des huit protagonistes. Parviendront-ils à sortir de ce labyrinthe de cauchemars inconscients ?
 

L’œil dans le ciel, également traduit Les mondes divergents (le titre initial de ce récit était L'esprit ouvert/With Opened Mind), est le premier grand roman SF de PKD. Il y développe un de ses thèmes fondamentaux : la perception de la réalité. Autrement dit qu'est-ce qui est réel et qui ne l'est pas. Comment savoir si l'on rêve ou non ? Ce qui nous paraît comme un vrai décor l'est-il vraiment et qu'en seraient alors les limites ?
À lire L'Oeil dans le ciel aujourd'hui, on ne peut pas ne pas penser à la série TV Sliders : les mondes parallèles. Dans Sliders, les mondes sont autant de possibles et de points de divergences à notre Histoire et à celle des personnages. Dans le roman de PKD, il s'agit de protagonistes ayant subit un traumatisme et qui en revenant à la conscience élaborent le monde idéal à leur yeux entraînant avec eux les autres personnages toujours inconscients (dans la réalité). Ce sont donc des mondes rêvés, fantasmés et révélateurs des personnalités de chacun.
Ce qui est intéressant dans la comparaison avec la série c'est qu'il y a des récurrences communes. Par exemple, les mondes imaginés sont toujours connectés à la réalité par des lieux ou des personnages et il n'est pas toujours évident pour le héros, Jack Hamilton, de savoir si oui ou non il est dans la réalité ou celles imaginées par les autres. Il faut attendre quelques interactions pour comprendre qu'il s'est retrouvé dans l'univers religieux de Silvester, dans le monde prude de Mrs Pritchett ou celui paranoïaque de Joan Reiss. Autre point commun, l'enchaînement des mondes pourraient être indéfinis. Les « sauts » dans la série sont motivés par la recherche du monde originel, d'où sont partis les protagonistes, autant trouver une aiguille dans une botte de foin. Le roman, lui, limite cette succession par le simple nombre de personnages inconscients. Or on voit bien qu'ils reviennent chacun à leur tour à eux créant ainsi un monde alternatif.
Transposé dans un contexte cataclysmique, on peut aisément imaginer le nombre de mondes possibles rêvés par toute l'humanité.
Ainsi L'oeil dans le ciel pourrait se poser aujourd'hui comme le « pilote » d'une longue série TV à venir. Bien évidemment, le roman a une fin. Une fin voltairienne car le récit a aussi tout des aventures rocambolesques de Candide et la dernière phrase « Mettons-nous au travail » n'est pas sans rappeler la célèbre conclusion de Voltaire : « Il faut cultiver notre jardin ». Dick y voit une façon de reconstruire un monde avec le meilleur de celui-ci et surtout de dénoncer les deux fléaux que sont pour lui le totalitarisme communiste et le maccarthysme.
Le roman ne manquant jamais d'imagination et même d'humour et ce, malgré un fond politique et philosophique indéniable, il ne déroute jamais son lectorat qui suit avec intérêt chacun des mondes. Et celui de Mrs Pritchett, absurde, drôle, poussé à l'extrême dans sa logique est sans aucun doute mon préféré.


• À noter que si l'on considère un autre roman de PKD, Les pantins cosmiques, comme étant son unique roman fantastique, on trouve dans L'oeil dans le ciel un passage absolument délectable d'horreur (dans le monde paranoïaque de Joan), décrivant une maison animée prête à avaler et digérer ses occupants.
• Ajoutons enfin que comme beaucoup de romans issus de nouvelles « étirées », L'oeil dans le ciel est un montage de nouvelles liées entre elles pour constituer une histoire somme toute homogène.
 


Philip K. Dick L'oeil dans le ciel aka Les mondes divergents (Eye in the Sky, 1957) • J'ai lu
 


Crédits images, textes ©2014-2021 Herveline Vinchon - Article publié sur l'ancien blog de la librairie Soleil Vert en juillet 2014 et mis à jour en février 2021 - Ne pas reproduire sans autorisation

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Gapdy 26/02/2021 10:39

Je ne peux rien dire sur ces livres de PKD. Je suis de parti pris à ce sujet...
Mais je dirai que quelques "petits détails" de l'histoire se retrouvent dans Les Gueules et l'Enfer des Vers, dont cette recherche du Monde originel. Merci de cette chronique fort sympathique qui m'a remis en mémoire ce livre, lu à l'époque antédiluvienne de mon adolescence.

Gapdy 26/02/2021 11:12

Ah ça, on se demande, mais il est possible (je dis bien possible) que je n'aime pas PKD, que d'ailleurs je n'ai jamais commis Aliens, vaisseau & Cie, ni jamais acheté la dernière intégrale de ses nouvelles, etc. ;-)

Erwelyn 26/02/2021 10:53

Dois-je comprendre que tu n'aimes pas ? hahahaha