📚 EFIM ZOZOULIA - LA CHUTE DE LA VILLE PRINCIPALE (Гибель Главного города, 1918)

Image de fond ©Yakov G. Chernikhov

Image de fond ©Yakov G. Chernikhov


Ce recueil réunit le cycle complet des nouvelles fantastiques d’Efim Zozoulia (1891-1941). Ces cinq récits ont été écrits à Petrograd en 1918 et 1919. Ils abordent la domination, la révolution, les purges, l’exploitation de l’être humain réduit à l’état d’instrument, les avatars de l’utopie et aussi la foi en l’avenir… L’humour, volontiers grinçant, y est associé au sens de la fable et de l’anticipation. Cet ensemble témoigne de la vitalité, au lendemain de la Révolution, de la veine satirique dans la littérature russe. Avant que le retour de la censure ne produise son effet… Même si ces nouvelles ont été inspirées par les réalités des débuts de la société soviétique, on ne peut s’empêcher de penser, en les lisant, au monde qui est aujourd’hui le nôtre.
 

Un grand merci aux éditions 👉 LE TEMPS DES CERISES qui m'a fait parvenir ce livre sorti en décembre 2020 d'un auteur russe qui m'était totalement étranger. La découverte par ses nouvelles « fantastiques » est une belle immersion dans l'écriture d'Efim Zozoulia.
Chaque texte ressemble à un conte satirique, doté d'humour certes, mais posant aussi un regard acerbe sur la condition de l'Humanité. Majoritairement dystopiques (on verra que les tentatives d'utopies n'aboutissent pas toujours), ces nouvelles d'une lecture très facile et agréable font émerger les traits les plus odieux, les plus cruels de l'Homme : domination, soumission, humiliation, rivalité, jalousie, discrimination sont les plus représentés.


CONTEXTE HISTORIQUE

Une entrée en guerre en 1914 de l'Empire russe contre les Empires allemand et austro-hongrois, une révolution en février 1917 qui provoque la chute de l'Empire russe, la proclamation d'une République Russe vite balayée en octobre 1917 par une autre révolution qui amène à la constitution de l'URSS sous la présidence de Lénine et de son régime communiste. Lequel veillait à réduire à l'impuissance et au silence, puis d'interdire tous les partis non bolcheviks.
Pour toute une génération d'auteurs qui furent témoins de ces changements, beaucoup d'entre eux avaient un regard critique du nouveau système.
Et bien sûr, cela transparaît dans les récits d'Efim Zozoulia. Zozoulia, qui, avec sa nouvelle Le Conte d’Ak et l’humanité, pourrait avoir soufflé à Evgueni Zamiatine son roman Nous autres, ce dernier qui influencera Orwell pour son 1984 et Huxley pour son Meilleur des mondes.


LES NOUVELLES

1918 - La Chute de la Ville Principale (Dystopie, totalitarisme)
Les habitants de la Ville Principale ont perdu. L'ennemi construit la Ville du Haut en recouvrant et isolant ainsi la ville initiale, la privant de ciel et de soleil à jamais, sans avoir auparavant oublié de l'humilier de plusieurs manières...

1918 - L’Atelier de l’amour de l’Homme (Utopie)
Une société au passé violent prône désormais la bienveillance, la gentillesse, la politesse, la compassion. Chacun peut assister au programme de l'Atelier de l'Amour de l'Homme. Il n'est toutefois pas toujours facile de refouler des sentiments moins honorables. On peut donc se rendre dans la salle de Haine pour s'y défouler...

1919 - Le Conte d’Ak et l’humanité (Dystopie, totalitarisme)
À comparer avec notre système actuel, c'est sans doute le texte le plus intemporel et moderne de ces cinq récits. Une société détermine qui a droit de vivre ou non. De manière très arbitraire, chacun peut être désigné comme « inutile » et doit accepter de mettre fin à ses jours.

1919 - Le Mobilier humain (Pouvoir, soumission, avilissement, humour - noir)
Mr Ikaï est riche mais très vite insatisfait par son mobilier. Il peut donc se permettre de le changer régulièrement soit par nécessité soit par caprice. Mais quand fauteuils, tables, lits et tapisseries murales sont en fait des êtres humains. Mais quand un jeune gaillard se présente pour remplacer une jante accidentée (oui, oui, une jante de voiture), les choses prennent une autre tournure.

1919 - Le Gramophone des siècles (SF, humour, invention, utopie)
C'est la nouvelle la plus SF impliquant un inventeur et sa machine : un gramophone capable de faire remonter les sons du passés qui se sont imprégnés dans les objets de tous les jours, couche après couche.
 

LA COUVERTURE

Le château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - GraphismesLe château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - Graphismes
Le château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - GraphismesLe château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - GraphismesLe château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - Graphismes

Le château d'eau de l'usine Red Carnation Factory réalisée par Chernikhov à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski (Google) - Graphismes


Les éditions LE TEMPS DES CERISES ont choisi une illustration de Yakov G. Chernikhov (1889-1951) pour la couverture du recueil.
C'était un architecte et un graphiste. Avec ses 17 000 dessins et projets, il a été surnommé le Piranèse soviétique.
Très intéressé par le constructivisme, les mouvements futuristes et la géométrie du suprématisme, il exposa ses idées dans une série de livres entre 1927 et 1933 qui comptent parmi les textes (et illustrations) les plus innovants de leur temps.
101 Fantasmes architecturaux (1933), un très bel exemple d'impression couleur, est peut-être le dernier livre d'art d'avant-garde à être publié en Russie à l' époque stalinienne.
Ses dessins remarquables prédisent étrangement l'architecture de la fin du XXe siècle. Bien que méfiant vis à vis du régime, il
continua à travailler comme enseignant et organisa un certain nombre d'expositions individuelles. Peu de ses créations ont été construites et très peu semblent avoir survécu. Parmi ces dernières, on trouve la tour de l'usine
Red Carnation Factory (Водонапорная башня завода « Красный гвоздильщик ») à Saint-Pétersbourg sur l'Île Vassilievski. (Source : Wikipédia US)


Efim Zozoulia La Chute de la Ville Principale (Гибель Главного города, 1918-1919) • Le Temps des Cerises (2020) • Traduit par Emma Lavigne
👉 Contient : La Chute de la Ville Principale, L’Atelier de l’amour de l’Homme, Le Conte d’Ak et l’humanité, Le Mobilier humain et Le Gramophone des siècles

Pour une liste exhaustive de son œuvre
👉 fantlab.ru (en russe, mais lien incluant la traduction française)
 


Crédits images, textes ©2021 Herveline Vinchon - Ne pas reproduire sans autorisation

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Starphil☆ 02/03/2021 20:26

Passionnant !

Chronique passionnante !! avec une envie pressante de se replonger dans l'histoire Russe, autour de l'imaginaire évidemment.
Merci de cette horizon soviétique, qui fut, sous ses aspects politiques et totalitaires un frein pour ses écrivains, une autre façon de détourner la censure du pouvoir avec un ton absurde à la lisière du fantastique (génial Mikhaïl Boulgakov).
Cet auteur, Efim Zozoulia, que je ne connais pas, valide une certaine liberté en un temps où c'était encore possible dans ce pays ; le fait de le signaler enrichit notre curiosité...Bravo pour ça.

Starphil☆

Erwelyn 03/03/2021 08:15

Merci Starphil (je ne sais pas faire l'étoile hahahaha). La littérature russe est déjà en soi très intéressante. Mais on connait peu les classiques de SFFF. Sauf bien sûr les spécialistes. Celui-ci m'avait échappé (alors que j'avais lu Zamiatine) et comme tu vois c'est une nouveauté ☺ (paru en déc. 2020), donc qqch de dispo ^^