📚 CHRISTOPHE NICOLAS - PROJET HARMONIE (2012)

📚 CHRISTOPHE NICOLAS - PROJET HARMONIE (2012)


Quatrième de couverture
Yannick Diaz, journaliste dissident, vient de perdre sa place au Républicain suite à l’écriture d’un essai sur les médias qui n’épargne personne. Depuis son malaise en direct sur le plateau d’un débat télévisé, d’étranges images se bousculent dans sa tête : l’épidémie de grippe qui s’étend en Amérique latine, le visage bouffi du ministre de l’Intérieur et le nom d’un laboratoire… LAMIPROH. D’où viennent ces souvenirs qui ne sont pas les siens. À peine évoque-t-il ses visions que son confident est assassiné. Accusé du meurtre, la police aux trousses, il doit trouver les preuves de son innocence. Mais il y a plus en jeu que son seul avenir. Peut-être celui de l’humanité tout entière.
 

C'est fou comme la science-fiction recèle de « projets ». Après celui de Bleiberg, de Shiro et de Morgenstern (« La trilogie Eytan Morg » de David S. Khara), de Mars (Andreas Eschbach), d'oXatan (Fabrice Colin), de Vatican XVII (Clifford Simak) et tant d'autres encore, voici aussi le Projet Harmonie ! Thriller aux limites de la SF - et inversement - puisque qu'on y trouve des expérimentations peu conventionnelles, il utilise tous les codes de la littérature populaire : un style enlevé, imagé et rythmé par une action incessante. Un roman qu'on ne lâche pas et qui nous entraîne aux côtés d'un journaliste, victime malgré lui d'une expérience scientifique qui le met en porte-à-faux avec une mystérieuse société LAMIPROH. Tous les ingrédients sont là. Un antihéros en cavale, une mission à accomplir, des méchants à sa poursuite, la rencontre avec une autre victime (une femme évidemment et pas trop moche s'il vous plaît) et une flic convaincue de son innocence.
Si ce roman se limitait à cette trame somme toute très classique et bien inspirée par des longs-métrages tel Die Hard, on découvre dès le départ des motivations (parfois très explicites ou au contraire judicieusement subtiles) beaucoup plus politisées et militantes. D'abord notre journaliste est un rebelle à sa façon. D'entrée de jeu, ses réflexions sur les médias et leurs rapports étroits avec les politicards donnent déjà le ton revendicateur de l'auteur. Ensuite, en évoquant le virus de la grippe H1N1 et en nous présentant une possibilité de complot avec des laboratoires pharmaceutiques, Christophe Nicolas exploite la part de paranoïa que certains d'entre nous ont pu avoir en doutant des vaccins que d'un seul coup nous devions tous prendre du jour au lendemain (vous vous souvenez, non ? - et à la réédition de cette chronique en 2021, il en va de même avec le Covid 19). Sans omettre évidemment une dénonciation à peine voilée des pratiques peu orthodoxes de ces mêmes labos. Les arrières plans décrivent une société au bord du chaos social et n'oublions pas non plus un certain ministre de l'intérieur, Monsieur Bossaillon, dont la phonétique même de ce nom m'a bizarrement insufflé plusieurs associations d'expressions (par ex : "Va bosser, couillon !" ou le "Boss à Fillion"), enfin bref, un monsieur dont les ambitions politiques n'ont d'égal que les moyens qu'il est prêt à utiliser pour parvenir au pouvoir... Hum, forcément cette succession de situations m'a complètement ancrée dans une réalité possible puisque nettement inspirée par la notre, la vraie vie, la réelle...
Donc sous couvert d'un roman populaire particulièrement captivant et qui n'a normalement que l'objectif de distraire, Christophe Nicolas a réussi à donner à son récit une dimension un peu plus profonde, engagée, sujette à réflexions mais sans jamais alourdir sa trame. D'ailleurs mes digressions quelques lignes plus haut restent très personnelles et sans doute d'autres que moi passeront complètement à côté et se réjouiront tout simplement avec ce bon roman d'aventures, ça n'en est pas moins le but premier.
Pour terminer, je dirais aussi que j'aime beaucoup la fin. Il n'est pas toujours facile, ni de commencer, ni de clôturer un roman, pour l'écrivain j'entends. Quelques fois on peut être déçu par des épilogues en queue de poisson. Il y a ici une fin ouverte. Mais, je ne sais pourquoi, je lui ai associé deux films (on a les références qu'on a ) : d'abord la dernière image du film Terminator de James Cameron : une route par laquelle arrive la tempête, une route au bout de laquelle se trouve un futur incertain. Et la fin de Next de Lee Tamahori inspiré de L'homme Doré, une nouvelle de Philip K. Dick qui est d'ailleurs évoqué par Ayerdhal, célèbre écrivain français de science-fiction, dans son petit mot sur la quatrième de couverture du Projet Harmonie. Durant tout le livre je me suis demandé pourquoi il avait pensé à ce grand maître et je vois qu'effectivement, c'est dans la fin que se situe une référence toute dickienne. Mais je ne peux en dire plus.
Ainsi donc, après Franck Ferric (La loi du désert) et David S. Khara (Projet Bleiberg, Projet Shiro), Christophe Nicolas s'impose aux côtés d'eux comme un de ces nouveaux auteurs de littérature dite « populaire » surfant entre le polar et l'imaginaire et régalant leur lectorat de leurs récits vifs et distrayants.

Christophe Nicolas en dédicace en 2012 à la librairie Soleil Vert (Calvisson, Gard)

Christophe Nicolas en dédicace en 2012 à la librairie Soleil Vert (Calvisson, Gard)


Christophe Nicolas Projet Harmonie (2012) • Édition du riez
 


Crédits images, textes ©2012-2021 Erwelyn - Article publié sur l'ancien blog de la librairie Soleil Vert en avril 2012 - Ne pas reproduire sans autorisation

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article